Le massage esalen-momentum

Adapté d’un article dans Le Massager de la FQM avec la permission de l’auteur, Annette Kerckhoff, MA, PhD.

Situé à flanc d’une falaise escarpée au bord de la mer à Big Sur en Californie, l’Institut Esalen a ouvert ses portes en 1962. Baignées d’eaux thermales et d’une ambiance féérique, ces terres servaient jadis à la tribu amérindienne disparue des Esselen comme lieu sacré de guérison.

 Michael Murphy et Richard Price ont fondé l’Institut. Diplômés de Stanford, Murphy en philosophie orientale et Price en psychologie, tous deux étaient fascinés par le potentiel de l’être humain. Ils partageaient le rêve de créer un endroit où les « étudiants de la vie » pouvaient se développer et découvrir leur propre chemin, quelque part entre les philosophies « orientale et occidentale, la psychologie et le mysticisme, la science et la religion, l’esprit et le corps. Le potentiel humain et le savoir antique »[1](1).

 

Développer le potentiel humain

Dès le début, les résidents de l’Institut Esalen ont exploré les bienfaits du massage suédois tout en transformant les techniques et en ajustant leurs intentions à la lumière de ce qu’enseignaient les divers conférenciers. Par exemple, pendant les années soixante, Ida Rolf a formé à esalen ses successeurs en Rolfing™ (Intégration Structurale) et a ainsi encouragé le travail des tissus profonds. En 1971, Moshe Feldenkrais a présenté ses leçons sur la prise de conscience du corps par le mouvement, ce qui a introduit des mobilisations nuancées dans le massage esalen. Milton Trager a donné son premier cours formel à l’Institut en 1975, et a fait connaître le travail somatique des bercements. D’autres techniques corporelles explorées à Esalen incluent le massage sportif, la réflexologie, la polarité, la thérapie cranio-sacrée, les points trigger, le yoga et le tai chi entre autres. Celles-ci sont explorées et utilisées, à des degrés variés, pendant un massage esalen.[2](2)

 Il est clair que le massage esalen est né de la rencontre de maintes techniques corporelles. La stratégie se fonde sur la conviction que chaque receveur se connecte à son corps différemment. L’idée est de créer une séance à partir des approches acquises par le massothérapeute pour tenir compte des besoins et des capacités du receveur et pour l’aider ainsi à mieux se détendre, à se connaître et éventuellement à se guérir : « Ce n’est pas la technique de la manœuvre exécutée qui est au premier plan ; c’est plutôt l’interaction entre praticien qui ouvre, étire et berce et le receveur qui parvient à respirer et à lâcher prise[3] (3) ». Le génie des massothérapeutes à Esalen est qu’ils ont trouvé une façon d’orchestrer des techniques diverses et de faire naître ainsi une approche originale et infiniment actuelle qui met au « premier plan » la magie éphémère et puissante de la rencontre entre donneur et receveur.

 Définir le massage esalen pourrait être un travail à renouveler constamment car il est différent d’une fois à l’autre. Il serait toutefois possible de mettre en relief trois dimensions ou attitudes qui soutiennent d’ordinaire une séance : l’exploration judicieuse de l’intuition, la lenteur d’approche et l’alternance entre des activités spécifiques et globales.

 

L'intuition

Tendant vers le potentiel de l’être, les chercheurs à Esalen se sont penchés sur le développement de la faculté de l’intuition. Cet idéal se traduit en massage par une valorisation quasi égale de la maîtrise technique, de l’écoute et de la créativité du massothérapeute en ce qui concerne son choix de manœuvres, séquence, pression, rythme, etc. Ancré dans la découverte du moment présent, le massage esalen peut être enjoué, mettant en relief le plaisir de la vie.

 

La lenteur

À l’Institut, les tables de massage sont installées sur une terrasse surplombant la mer et, avec le temps, les massothérapeutes ont appris à suivre le rythme doux et hypnotique des vagues déferlantes pour concrétiser une des caractéristiques générales du massage esalen : la lenteur, voir même une extrême lenteur. La tactique de ralentir de façon marquante le toucher a l’effet surprenant de joindre douceur, profondeur et intensité : « C’est rare qu’on blesse quelqu’un en travaillant trop profondément; on peut blesser quelqu’un en travaillant trop vite[4] (4) ». Une approche lente permet de pénétrer doucement dans les couches profondes pour déplacer les fluides corporels et pour soulager les muscles tout en respectant le bien-être du receveur. Un rythme archi-lent soutient l’écoute, car plus le donneur travaille lentement, plus il est à même de percevoir les signes lui indiquant la manière dont son client reçoit le massage. La lenteur du toucher permet au receveur de méditer sur son corps, ses sensations agréables et ses tensions, ainsi que sur ses pensées, émotions et mémoires. La lenteur de l’approche influence également la durée du massage : une séance typique dure entre 75 et 90 minutes.

 

La spécificité et la globalité

Le troisième aspect qu’on retrouve dans la plupart des massages esalen unit spécificité et globalité. Le travail spécifique des points trigger, des frictions ou des pétrissages, par exemple, s’alterne à l’occasion avec des mouvements globaux pouvant commencer à la tête et ne couper le contact qu’au bout des orteils. Cela encourage une intégration de l’expérience subtile et nuancée d’une région avec celle de tout le corps. Le « silence » occasionnée par le praticien qui coupe le contact avec le receveur permet à celui-ci de laisser résonner les effets du travail en lui. C’est un moment propice à l’intériorisation et, généralement la conscience corporelle se développe.

Vers le début des années 2000, la Fédération québécoise des massothérapeutes a commencé à l’appeler le massage momentum.

 

Recevoir un massage momentum

Recevoir un massage momentum constitue souvent une expérience sensorielle unique. Étant légèrement ou largement différente lors de chaque séance, l’approche permet de se redécouvrir dans son corps et dans ses réactions. Les spécialistes des approches somatiques soutiennent que stimuler le corps de façon inhabituelle pour y introduire des sensations et des mouvements inaccoutumés augmente l’intelligence et la souplesse non seulement du corps, mais aussi du mental[5](5). Le massage momentum s’adresse donc autant à ceux qui recherchent une détente profonde qu’à ceux qui s’engagent dans un processus d’épanouissement personnel.

 


[1] 1. Schwartz, T., What Really Matters: Searching for Wisdom in America, Toronto. Bantam Books, 1996. P.85 [je traduis].

[2] 2. Menehan, K., « The Esalen Institute: An Educational Center with Humanity in Mind », Massage Magazine, Issue 66, March/April 1997, p.25 [je traduis].

[3] 3. Ostrom, B., « Esalen Massage : Bodywork with a Place in History », Massage Magazine, Issue 66, March/April 1997, p.25 [je traduis].

[4] 4. Vicki Topp citée dans Ostrom, B. Idem, p.26 [je traduis].

[5] 5. Voir par exemple T. Hanna, The Body of Life: Creating New Pathways for Sensory Awareness and Fluid Movement, Rochester, Vermont, Healing Arts Press, 1979. Ou encore les écrits de Moshe Feldenkrais.


 

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